La Noce (Die Kleinbürgerhochzeit)

von Bertolt Brecht

 

mit: Véronique Vella, Cécile Brune, Sylvia Bergé, Laurent Natrella, Marie-Sophie Ferdane, Stéphane Varupenne, Nâzim Boudjenah, Félicien Juttner, Elliot Jenicot

Regie: Isabel Osthues
Bühne: Michael Böhler
Kostüme: Mascha Schubert

Premiere: 16.11.2011 / 20:00 Uhr
Comédie-Française,
Théâtre du Vieux-Colombier, Paris
www.comedie-francaise.fr

 

Fotos: Brigitte Enguerand

 

 

 

Pressestimmen

 

Ceci et cela

On pense très souvent à la fameuse phrase de Laurent Terzieff : « Je crois depuis toujours que le théâtre, ce n 'est pas ceci ou cela. C'est ceci et cela. « On y pense chaque soir, lorsque le rideau se lève, considérant que notre fonction (notre devoir ?) est de rendre compte de ceci et de cela, nonobstant notre hiérarchie personnelle, nos tropismes, nos préférences. Certains d'entre nous, les critiques, s'en tiennent à ne s'intéresser qu'à une certaine catégorie de théâtre, et c'est leur droit absolu. Pour notre part, nous avons toujours choisi d'élargir le spectre de la création théâtrale, dans le souci d'en respecter la diversité, tout en restant libres de notre jugement, et dans l'égal souci de respecter la diversité du public. Un exemple. Nous avons vu cette semaine deux spectacles qui illustrent de manière caricaturale cette fracture qui oppose ceci et cela.
Ceci: un théâtre d'auteur, qui rend compte de « l'homme public jeté dans le monde » comme disait Terzieff, toujours lui, théâtre à forte résonance sociale, idéologique et existentielle. Il s'agit de La Noce de Brecht.

Cela: un théâtre de pur divertissement qui concerne l'homme privé face à l'anecdote la plus futile de son histoire sentimentale et psychologique. Il s'agit de Bistro, une bluette écrite, jouée et chantée par deux jeunes comédiennes sympathiques et pimpantes : Sylvie Audecoeur et Marie Piton. Dans les deux cas un public conquis, ou plutôt deux publics.


Ici, chez Brecht, la noirceur, la face cachée de l'âme, l'angoisse, la souffrance profonde sous le masque cocasse et clownesque de la dérision. Génial (une mise en scène très intelligente d'Isabel Osthues dans un ingénieux décor de bois clair).
Là, dans Bistro, la légèreté, la bulle, l'eau de rosé, une tendresse infinie à fleur de coeur, l'inconséquence totale et même l'insignifiance, mais tant de charme et de gentillesse qu'on en est désarmé (une claire mise en scène d'Anne Bourgeois, un frais décor d'Edouard Laug, de jolies mélodies). L'anti-Brecht. Ceci: la guerre et la vérité. Cela: la paix et l'illusion. L'un et l'autre sont incomparables. L'un et l'autre sont du théâtre.

Text: Philippe Tesson, Le Figaro magazine

La Noce

La metteure en scène allemande Isabel Osthues fait ses débuts en France, au Théâtre du Vieux-Colombier. Elle signe une version pleine de vitalité et d’intelligence de La Noce, de Bertolt Brecht.

Voilà une belle surprise que cette Noce présentée par la troupe de la Comédie-Française. Une surprise que l’on doit à une metteure en scène encore inconnue en France : Isabel Osthues. De cette artiste allemande née en 1966, on ne sait pas grand chose, (…). Aujourd’hui, après avoir assisté à une représentation de La Noce au Théâtre du Vieux-Colombier (oeuvre plus connue sous le titre La Noce chez les petits bourgeois), on sait une chose de plus : il s’agit d’une artiste de talent. Une artiste qui s’est emparé de la pièce en un acte de Bertolt Brecht avec une grande intelligence. « Dans un premier temps, explique Isabel Osthues, on a l’impression qu’il s’agit d’une simple pièce burlesque où prime le comique mais, à y regarder de plus près, on en voit toute l’ambiguïté, toute l’ambivalence, deux notions caractéristiques de la petite
bourgeoisie… »

(…) On s’amuse beaucoup de ce tableau clownesque librement inspiré de l’univers de Karl Valentin. On rit, mais pas seulement. Car la justesse et la profondeur avec lesquelles les neuf Comédiens français (Véronique Vella, Cécile Brune, Sylvia Bergé, Laurent Natrella, Marie-Sophie Ferdane, Stéphane Varupenne, Nâzim Boudjenah, Félicien Juttner, Elliot Jenicot, qui fait son entrée dans la troupe - tous remarquables) nourrissent les enjeux de La Noce et nous entrainent dans des réflexions très aiguës sur l’humain, sur notre propension au conformisme, sur l’oppression des apparences, sur la solitude, sur la complexité de la vie en société et des rapports à l’autre…

Manuel Piolat Soleymat, La Terrasse

Une fois la cérémonie célébrée,
place au banquet

Tous les convives sont reunis dans l'appartement des jeunes maries. La fête devrait battre son plein. Mais sous la plume acerbe et caustique du jeune Brecht ce qui traditionnellement est le plus beau jour d'une vie vire vite au pire cauchemar. Au rythme de la dislocation des meubles que le jeune marie a lui même construits les personnages vont se libérer des contraintes qu imposent le respect et la bienséance. Les révélations vont bon tram les esprits s'échauffent. Et on essaie péniblement de rattraper ce qui part totalement en vrille. Plus encore qu a'effondrement du décor c est donc a celui des conventions sociales que on assiste. Drôle et enlevée burlesque a souhait la mise en scène de' Allemande Isabel Osthues ne manque pas de sel il y a mille trouvailles apportant un allant certain au spectacle. Bien vu par exemple la saynète façon cinéma muet qui ouvre la représentation et se conclut par la fameuse photo de mariage. La musique de Marc Eisenschink joue elle aussi son rôle offrant a la partition une note des plus enjouées. Mais qu on ne s y trompe pas nous ne sommes pas dans un burlesque outrancier. On dit que Brecht s est inspire des numéros clownesques de Karl Valentin pour écrire sa pièce. Les personnages ont en effet tous un petit cote guignol sur le papier Sur scène les costumes et les maquillages de Mascha Schubert sont la pour le mettre encore plus en lumière. Une belle aubaine pour les comédiens qui sont tous admirables. Marie-Sophie Ferdane exquise comme a son habitude campe une mariée gentiment dépassée par les événements. Dans le rôle de son jeune époux Nazim Boudjenah démarche maladroite et chapeau melon fait délicieusement roder l'ombre de Charlie Chaplin. Sylvia Berge qui interprète l'amie de la mariée tire avec brio son épingle du jeu. Elle est irrésistible tout comme son époux campe par Laurent Natrella. On sort de la salle le sourire aux lèvres.

Text: Dimrtri Denorme, Pariscope

 

Noce et huis clos

Qui eut cru que Brecht avait, dans sa jeunesse, écrit une pièce à l’humour aussi grinçant et décapant que Feydeau? La Noce, sa deuxième oeuvre pour la scène, croque impitoyablement les travers de la petite bourgeoisie allemande de l’entre-deux-guerres. Une équipe berlinoise conduite par Isabel Osthues en a réalisé pour la Comédie Française une version décapante et actualisée qui montre que ces défauts sont universels et toujours d’actualité. Tous les comédiens sont épatants. Ce n’est peut-être pas le spectacle insouciant que l’on cherche pour les fêtes mais on s’y amuse beaucoup.

Text: Tout Prévoir